Diane Meyer - Berlin

Exposition du 4 juillet au 26 septembre 2021

Ces images font partie d'une série complète de 43 photographies cousues à la main qui ont été prises le long de toute la circonférence de l'ancien mur de Berlin.

Des sections de ces photographies ont été masquées par des broderies au point de croix cousues directement sur la photographie. La broderie est conçue pour ressembler à des pixels et emprunte le langage visuel de l'imagerie numérique à un processus analogique et tactile. Dans de nombreuses images, les sections brodées représentent l'échelle et l'emplacement exacts de l'ancien mur, offrant une vue pixellisée de ce qui se trouve derrière. De cette façon, la broderie apparaît comme une trace translucide dans le paysage de quelque chose qui n'existe plus, mais qui pèse sur l'histoire et la mémoire et crée une vue du passé et du présent en une seule image.  Je m'intéresse à la nature poreuse de la mémoire ainsi qu'aux moyens par lesquels la photographie transforme l'histoire en objets nostalgiques qui obscurcissent les compréhensions objectives du passé. En faisant référence visuellement aux pixels, un lien est établi entre l'oubli et la corruption des fichiers. Les images ont été prises dans le centre-ville ainsi qu'à la périphérie de la ville où j'ai suivi l'ancien tracé du mur à travers les banlieues et les forêts. J'ai été particulièrement intéressé par la photographie d'endroits où il ne reste aucune trace visible du mur actuel, mais où l'on peut encore voir des indices subtils de son existence antérieure. Souvent, les sections brodées de l'image courent le long de la ligne d'horizon, formant une séparation non naturelle qui bloque le spectateur. Cet aspect de la couture souligne les limites non naturelles créées par le mur lui-même.

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© Diane Meyer, Berlin

Cette œuvre a été sélectionnée comme série gagnante pour OpenWalls Arles 2021, une collaboration entre le British Journal of Photography, 1854 Media et la Galerie Huit Arles.

​À propos de l'artiste

Diplômée d’une licence en photographie de la Tisch School of the Arts de New York et d’un master en Arts Visuels de l’Université de Californie à San Diego, Diane Meyer s’intéresse à la photographie depuis le lycée, mais ce n’est qu’après l’accident de son frère, que la jeune photographe se pose la question de la mémoire et de la nostalgie ; de la différence qu’il peut y avoir entre les souvenirs que le cerveau décide d’emmagasiner et ceux représentés par des éléments extérieurs. Les médecins n’étant pas sûrs que son frère retrouve entièrement ses capacités cérébrales, l’artiste se met alors en tête de lui faire revivre certains souvenirs à l’aide de photos de famille. Elle repense donc aux photographies qui représentèrent sa vie, et la série Time spent that might otherwise be forgotten pris forme, combinant certaines photos de son enfance à des photos capturées elle-même, pour les 25 ans de la chute du Mur de Berlin. L’artiste se base sur toutes les incongruités que révèlent les nouvelles structures construites après le 9 novembre 1989. Son travail se tourne donc vers l’architecture de la ville, ou comment le Mur fait toujours partie intégrante du passé, sans pour autant laisser de traces visibles.